L’UPAJA prend l’air en sortie biodiversité et observation des oiseaux ! [RECIT D’ATELIER]

De l’adrénaline, de la découverte, de l’entraide et de la marade

Manon, Martin et David ont monté une grande première : un cours d’escalade sur les parois de Murmur avec quelques résidents des Maisons d’accueil l’Îlot.

10 participants se sont pris au jeu, et ont été ravis de ces deux heures passées ensemble : lieu génial et expérience trop cool. La quasi totalité n’avait jamais jamais pratiqué l’escalade et ça a été une révélation. Le cours de Théo et l’accompagnement par Martin et David qui pratiquent régulièrement a permis à tout le monde de se sentir à l’aise très vite.

un IMMENSE merci à Arkose et Murmur pour la session découverte.

Pour ma part, j’ai trouvé que ça créait de très belles choses : l’appréhension de départ a très vite laissé la place à l’envie ; de la solidarité, de la joie, de la bienveillance, du dépassement., la découverte d’un lieu dans lequel on se sent bien.. bref c’était vraiment fort. Ca fait maintenant 6 ans que je fais des ateliers avec Champ Libre et le CHRS de l’Ilôt et j’ai rarement vu les résidents dans cet état-là.

raconte Manon. On espère pouvoir y retourner vite !

Se découvrir, se rencontrer, s’explorer [RÉCIT]

En décembre 2019, Laura et Claire-lise accompagnent Carole pour un cycle d’improvisation théâtrale. Carole revient sur les trois ateliers qu’elle a animé avec les personnes détenues de la Maison d’Arrêt de Nanterre :

« Je souhaitais intervenir depuis longtemps en milieu carcéral. J’ai découvert l’association Champ Libre lors d’un des Apéro Populaire qu’elle organise régulièrement. Sa démarche m’a tout de suite intéressée et j’ai souhaité y contribuer. Une fois mon projet d’atelier d’improvisation théâtrale approuvé par l’association, un agréable et attentif accompagnant bénévole de cette même association trouvé en la personne de Laura, les dates et le lieu confirmés, il ne restait plus qu’à se lancer !

Les procédures et les contrôles passés, nous voici devant la salle d’activités de la Maison d’Arrêt. Les personnes qui avaient souhaité s’inscrire à ces séances sont entrées. Si au regard de l’administration pénitentiaire, ces personnes sont des détenus, nous, nous étions là de manière neutre, pour les amener à travailler sur le rapport à soi et à l’autre dans le cadre d’une expression théâtrale improvisée. Tranquillement, l’atelier a commencé dans une bonne humeur qui s’est poursuivie tout au long du cycle.

Trois séances ont été proposées : « se découvrir » (se découvrir, soi, sur un plateau), « s’explorer » (explorer des pistes d’improvisation à partir de sa personnalité) et « se rencontrer » (articuler ses sensations à un jeu théâtral). Après un échauffement corporel, il s’agissait travailler sur le positionnement dans l’espace par le corps et la voix à partir d’exercices simples permettant une connexion avec un partenaire (exercices de dynamisation, travail sur les émotions…). Le jeu d’improvisation a ensuite débuté.

Le pacte – pleinement respecté – de ces ateliers, était l’écoute, le respect, la bienveillance. La plupart des participants ont suivi l’ensemble du cycle et se sont impliqués dans les propositions d’exercices. La dynamique était lancée.

Au fur et à mesure, de l’évolution de l’atelier ils ont créé des improvisations pertinentes et drôles sur des thèmes variés mais aussi de plus en plus élaborés. Ils sont aussi naturellement parvenus à être en interaction dans un climat de confiance et d’acceptation de l’autre. La dernière séance a été l’occasion de réfléchir en groupe à certaines thématiques contenues dans les improvisations présentées.

Ces ateliers ont représenté pour moi une chance de me trouver dans ce lieu avec les participants en prenant plaisir à réaliser ces séances mais également l’occasion d’être dans une transmission d’énergies positives et créatrices par rapport à l’autre. A chaque fin d’atelier, les participants se disaient contents et détendus suite à ces séances. Petit à petit, une complicité se nouait entre eux, entre nous. Ce furent des moments riches et une belle expérience que j’espère pouvoir renouveler. »

Identité individuelle, identité collective et conflits d’identité [RÉCIT]

Au mois de novembre 2019, Sandra et Emilie d’Opium Philosophie, accompagnées par Elsa et Laura, sont allées discuter pendant trois séances du thème de l’identité avec des personnes détenues à la maison d’arrêt de Nanterre. Elles avons abordé des problématiques liées à l’identité individuelle (Qu’est- ce qui me définit en tant qu’individu original ? Suis-je défini par mes actes ou mes pensées ?), à l’identité collective (Quels sont les différents groupes sociaux dans lesquels je m’insère ? Quelles formes prennent- ils ? Le groupe est-il un frein ou un tremplin à l’épanouissement individuel ?) et aux conflits d’identité (Qu’est-ce que la tolérance ? Jusqu’où puis-je accepter l’autre dans sa différence ?). Sandra nous raconte son expérience :

« Entrer en prison, c’est d’abord expérimenter une défamiliarisation totale : les murs gris, les nombreuses portes qui encadrent les sas, les barbelés. Avec une vague impression d’être arrivée en enfer, je me laisse guider dans le dédale hyper sécurisé. Les détenus entrent d’abord timidement dans la salle. S’ensuivent trois heures de discussion à propos de la vie, ponctuées d’explications sur des auteurs centraux de la philosophie. Les personnes détenus participent de bon cœur aux débats et n’hésitent pas à prendre la parole pour défendre leur point de vue. Ce que je retiens surtout, c’est leur honnêteté face aux philosophes qui font autorité : ils ne se gènent pas de pointer les limites de telle ou telle thèse philosophique. Chacun fait part de son idée, de sa remarque, de son anecdote. Le climat est très détendu et les blagues vont de bon train. Finalement, c’est une bulle d’air qui nait entre les murs gris. Une bulle de partage et d’expression libre, au sein de laquelle on écoute le discours de l’autre, au sein de laquelle on argumente pour contredire l’autre sans jamais verser dans l’attaque ad hominem – un exemple de respect et d’humilité qui servirait à beaucoup.

Au fil des séances, on crée un lien particulier avec les détenus : on rit aux blagues de l’un, on échange des références communes avec un autre, on écoute respectueusement la sagesse de l’ancien. Dès la pause, certains viennent discuter. Le deuxième jour, nous sommes accueillis avec de grands sourires et des poignées de main sincères. Quand on leur demande de réfléchir sur le prochain sujet, ils rient du fait qu’on veuille leur donner des devoirs et avouent qu’ils « auront le temps d’y penser ».

J’ai rarement vu une telle diversité d’individus discuter ensemble. D’ailleurs, il semble que le sujet importe peu : l’essentiel pour eux, c’est lieu de sociabilité, la possibilité de parler dans un contexte qui sorte de celui de la prison. Ce qui m’a touché, ce sont leurs remerciements à demi-mots à la fin du cycle, reconnaissants qu’on leur ait fait penser à des choses « de la réalité » – la réalité cachée derrière les murs, celle dans laquelle vivent encore leur famille et leurs amis.

Je suis heureuse d’avoir participé à cet appel d’air, à cette fenêtre qui les rattache au monde des comptoirs de cafés, là où on discute des heures en oubliant de rentrer à la maison, ou dans sa cellule. »

Mon premier atelier avec Champ Libre [RÉCIT]

En octobre, Georgine participe à son premier atelier avec Champ Libre. Elle nous raconte comment elle en est arrivée là et ce qu’elle a découvert…

Il y a quelques mois, deux amies qui travaillent en prison me parlent de l’association Champ Libre et de son action auprès des personnes détenues.

La prison est un monde que je connais peu mais qui me touche. C’est dans le cadre de mon travail que j’ai pour la première fois eu l’occasion de rencontrer ce milieu. Je travaille dans un théâtre et nous avions accueilli la restitution d’un projet porté par une compagnie, après plusieurs mois d’ateliers de théâtre menés avec des personnes détenues, hommes et femmes.

Quelques échanges, rencontres et réunions avec l’équipe de Champ Libre plus tard, on me propose d’accompagner un premier atelier au centre pénitentiaire de Réau, un atelier de composition florale.

Le jour J, le rendez-vous est fixé à 7h à l’atelier de Pampa, à Paris, où travaillent les deux fleuristes qui mèneront l’atelier. J’y retrouve Aude, bénévole depuis plusieurs années, et Laura et Colette, fleuristes. Laura est déjà intervenue plusieurs fois en prison. Pour Colette, c’est aussi une première. On charge les fleurs dans la voiture, qui nous emmène après une heure de route environ au centre pénitentiaire de Réau.

Première étape, rencontrer l’équipe de la maison des familles, située juste à côté de l’entrée de la prison. C’est là que les proches des détenus sont accueillis avant d’entrer en détention pour un parloir. Nous nous assurons que nous pourrons y déposer les bouquets réalisés par les détenus à la fin de l’atelier pour qu’ils soient remis à leurs proches lors de leur prochain parloir pour ceux qui le souhaitent.

Puis nous entrons dans la prison, des bacs remplis de fleurs à la main. Les fleurs intriguent les surveillants que nous rencontrons tout au long de notre parcours jusqu’à la salle où va se dérouler l’atelier. Certains ont l’air d’autant plus surpris que l’atelier de composition florale soit organisé pour un groupe d’hommes. Après une heure d’attente (l’atelier, prévu à 9h, ne commencera qu’à 10h), qui nous donne l’occasion de discuter de la vie et du travail en détention, des expériences de chacune en lien avec la prison, l’atelier s’apprête à débuter. Avec un peu d’appréhension et beaucoup d’impatience, j’attends que les détenus nous rejoignent. Dans la petite salle où nous allons passer une heure et demie, nous avons disposé les fleurs sur la table de ping pong autour de laquelle se déroulera l’atelier.

Les détenus arrivent, ils sont finalement dix. Je suis frappée par la jeunesse de certains d’entre eux. On se salue, Aude présente l’association, Laura et Colette. L’atelier peut commencer. Laura explique et montre étape par étape comment composer un bouquet : nettoyer les tiges, positionner les fleurs les unes par rapport aux autres, couper les fleurs, nouer le bouquet… Ils écoutent attentivement et se lancent. L’ambiance est studieuse et détendue, les dix participants s’appliquent, s’entraident, blaguent. Les bouquets sont tous différents et très réussis. Laura et Colette ont amené des cartes pour accompagner les fleurs, chacun prend le temps d’écrire quelques mots et de les glisser dans son bouquet avant de nous le confier. Pour la grande partie d’entre eux, ils sont destinés à leur amie ou à leur mère. L’un d’entre eux me demande d’écrire pour lui les mots attentionnés qu’il adresse à sa mère. On est bien loin de tous les clichés ou préjugés qui entourent le milieu carcéral et les personnes détenues.

L’atelier est déjà terminé. Le temps de ranger la salle et de se dire au revoir, nous ressortons avec les bouquets, que nous déposons à la maison des familles, avant de repartir avec le souvenir de cette première expérience.

Mon prochain atelier ? La linogravure à la maison d’arrêt de Versailles…